Cléré-sur-Layon. Face à la chaleur, les vignerons adaptent déjà les vendanges de 2026
Au domaine Famille Denis, les premiers coups de sécateurs seront donnés dès le 17 août. Une précocité exceptionnelle qui témoigne aussi des bouleversements auxquels les viticulteurs doivent désormais s’adapter.

Dans les rangs de vigne du domaine Famille Denis, à Cléré-sur-Layon, les raisins ont déjà pris de l’avance sur le calendrier. Alors que le mois d’août ne fait que commencer, Vincent Denis prépare activement la prochaine récolte. Cette année, les vendanges débuteront le lundi 17 août, une échéance particulièrement inhabituelle pour le vignoble du sud du Maine-et-Loire.
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« Nous pouvons clairement parler d’une année exceptionnelle en termes de précocité. De mémoire, c’est du jamais vu : un début de vendanges à la mi-août pour notre région », constate le viticulteur. Cette avance ne s’explique pas uniquement par la maturité rapide des raisins. Elle intervient dans un contexte météorologique marqué par plusieurs épisodes de fortes chaleurs et de canicule. Pour le vigneron, les effets sur les parcelles sont désormais difficiles à ignorer.« Les fortes chaleurs et les épisodes caniculaires successifs ont un réel impact sur la vigne. Le réchauffement climatique est une réalité que nous constatons année après année, et d’autant plus aujourd’hui. »

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Protéger les grappes plutôt que favoriser leur exposition
Dans ces conditions, certaines habitudes de travail ont dû être revues. L’effeuillage, qui consiste à retirer des feuilles autour des grappes pour accompagner leur maturation, a été fortement limité cette année. L’objectif était avant tout de conserver une protection naturelle contre le soleil et les températures élevées. « Avec les fortes chaleurs, nous avons peu ou pas pratiqué cette technique pour garder une fraîcheur et une protection essentielles, afin d’éviter au maximum que les raisins ne grillent. »

Malgré ces précautions, les effets de la chaleur sont visibles dans les parcelles. Certains grains présentent des signes de brûlure tandis que les baies sont globalement moins volumineuses. « La vigne souffre mais s’adapte. Nous constatons un volume de grains moins important. Certains sont, à contrario, complètement grillés. Cela aura un impact indéniable sur les quantités récoltées. Néanmoins, la qualité sera normalement au rendez-vous. »
Une trentaine de saisonniers attendus
L’avance prise par la vigne ne concerne pas uniquement les parcelles. Elle impose également au domaine de revoir son organisation pour la récolte. Le recrutement des vendangeurs a ainsi été adapté afin de pouvoir répondre au calendrier particulièrement serré de cette année. Une trentaine de saisonniers rejoindront le domaine, avec une présence importante de jeunes lors du début de la récolte. « Il nous a fallu réorganiser notre recrutement. Nous disposerons d’une équipe bien plus importante que les années précédentes, avec un effectif d’une trentaine de saisonniers. »
Cette vendange 2026 constitue également un observatoire grandeur nature pour le viticulteur. Les conditions rencontrées cette année pourraient contribuer à faire évoluer les pratiques du domaine dans les prochaines années.
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Le changement climatique au cœur des réflexions
Pour Vincent Denis, l’enjeu dépasse largement la seule récolte à venir. Les viticulteurs doivent désormais réfléchir à la manière dont leurs exploitations pourront faire face à des conditions météorologiques amenées à évoluer.« Nous pouvons dire que le millésime 2026 sera challengeant, car il va nous montrer ce que vont nous donner les météos prévues bien plus tard. Cela va nous pousser, dès maintenant, à accélérer nos réflexions et nos recherches pour nous adapter au changement climatique. »
Parmi les pistes envisagées figure notamment la question des cépages. En Anjou, le chenin constitue selon lui un véritable atout grâce à sa capacité de résistance aux conditions difficiles. « Chez nous, en Anjou, nous avons la chance d’avoir majoritairement comme cépage le chenin, qui est un cépage résilient et qui est d’ailleurs beaucoup implanté en Afrique du Sud. »
Le cabernet franc pourrait en revanche poser davantage de questions à l’avenir. Des réflexions sont déjà engagées dans la filière afin d’anticiper les conséquences de l’évolution du climat sur les différents cépages. « Sur d’autres cépages tels que le cabernet franc, nous risquons d’avoir des questions à nous poser dans les années à venir. Ce sont des réflexions qui sont déjà en cours auprès des instances viticoles. »

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Une récolte précoce, mais encore des raisons d’espérer
Malgré les inquiétudes concernant les volumes, le viticulteur ne souhaite pas dresser un tableau entièrement sombre de cette campagne. Les dernières précipitations ont notamment apporté un peu de répit aux vignes. « Néanmoins, notre région n’est pas la pire. Les quelques pluies dernièrement ont été les bienvenues. »
À quelques jours du lancement officiel des vendanges, les premières grappes donnent déjà un aperçu de cette maturité exceptionnelle. Et si la saison s’annonce particulière, elle offre aussi un spectacle inhabituel dans les vignes : celui de raisins prêts à être dégustés dès les premiers jours du mois d’août.
Avec le sourire, Vincent Denis résume cette précocité d’une formule : « Avouons-le, c’est tout de même agréable de pouvoir déguster des baies début août. »















